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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 17:29

La Gazette des Abricots.

 

eglise-copie.jpg         Chaque fois que nous parlons des Abricots, on pense tout de suite au village des Abricots qui est le centre d'une commune de 110kms2. Le village n'a que 1300 habitants et est encaissé entre la rivière qui borde une colline d'un côté de la baie et l'autre promontoire avec son chemin de chèvre qui grimpe jusqu'à l'école de Paradis des Indiens.

montee.jpg

Le village lui-même longe la place et a six rues bordées de maison plus ou moins grandes. Il y en a de toutes petites. Il y a un service d'eau potable auquel on peut s'abonner, sinon les enfants vont à la fontaine. Trois heures d'électricité par jour, avec souvent des pannes. Plusieurs écoles, au moins six, y compris le Lycée d'études secondaires, ont un effectif important, de trois cents à quatre cents élèves.

porteur-d-eau.jpg

 Le village des Abricots est spécial dans le sens qu'on y voit toutes les femmes au travail ou allant et revenant d'une tâche quelconque.
 Elles portent sur leurs têtes des seaux de sable qu'elles vont vendre pour une maison, un caveau, ou un entrepôt en voie de construction. Quand ce n'est pas du sable, c'est l'eau qu'il faut à la maison pour différents usages.  Elles lavent leur linge  et celui de leurs enfants ou de leur mari à la rivière.

 

 riviere.jpg

Elles sont assises devant leurs étals interpelant les acheteurs éventuels, pendant qu'elles écossent des cacahuètes ou brodent un coussin pour notre atelier, enfin, toujours au travail. Et que font les hommes? Ils jouent aux cartes et surtout aux dominos sur les galeries à la vue de tous, ou encore bavardent  à qui mieux, ou encore fument une cigarette, heureusement trop chères ce qui en limite le nombre brodeuse.jpg          Il y a aussi la loterie appelée ici "borlette" qui est fort prisée par les hommes bien que plusieurs femmes s'y laissent aussi prendre. Et aussi deux ou trois fois par semaine les combats de coqs qui enthousiasme les hommes encore plus que les combats de taureaux en Espagne, et c'est peu dire. Ce sont des rois auxquels les femmes apportent en souriant et avec fierté, puisque c'est leur homme, un verre de jus ou des petites bonnes choses à grignoter.  Il y a aussi le marché, autre lieu de distraction, le lundi pour le village avec "petit marché" les autres jours. Tout le monde y va espérant y faire des espérant y faire des affaires, vendre et acheter. Mais en ce moment, c'est le temps des vaches maigres. Il n'y a pratiquement rien au marché, aucun fruit, pas même un citron, aucun légume, pas de fruits à igname.jpg

plantain-.jpg pain (mais la saison n'est pas loin, encorearbre-à-pain

 un peu de patience) mais seulement des ignames et des bananes plantains. Mais les allées et venues ne diminuent pas. On s’arrête devant les maisons pour un long petit bonjour; demandant des nouvelles de toute la famille individuellement, on se dit une petite méchanceté pour rire ou une grosse injure sérieuse. C'est presque Clochemerle Nous sommes un petit peu en dehors du village Le chemin de chèvre dont je vous parle qui monte rapidement au haut du promontoire peut prendre cinq minutes pour un élève qui est en retard, et dix par moi ou d'autres qui causent en montant car on cause beaucoup ici. Et si la conversation est particulièrement intéressante, on s'arrête pour mieux écouter. Il y a aussi une route carrossable qui part du portail du village, fait un assez grand détour pour retrouver le chemin qui mène à l'école et chez moi.

Cette année l'école Paradis a un effectif de 376 élèves. Comme nous n'avons plus de cantine car tous les organismes qui nous approvisionnaient en nourriture sèche que nous cuisions pour les élèves ont mis fin à ce service. Pour le moment, seul PAM (Programme Alimentaire Mondial) essaie d'approvisionner les écoles publiques uniquement cette année, mais nous n'en voyons pas les résultats dans notre coin du pays. L'Ecole Paradis profite d'un don spécial de lclassea Chaîne de l'Espoir qui a promis pendant neuf mois de nous envoyer les fonds nécessaires à une collation servie aux élèves le plus tôt possible le matin. Ceci est en partie pénible, parce que nous avons douze écoles disséminées dans la commune des Abricots à une distance de deux heures de marche les unes des autres et comme nous avons un effectif total de 2980 élèves, c'est dur d'accepter de favoriser 376 élèves en laissant les autres le ventre vide. Nous étudions plusieurs alternatives, mais elles sont toutes trop coûteuses. Nous réfléchissons.

Les élèves de l'Ecole Paradis des Indiens bien que venant de familles défavorisées, sont privilégiées comparés aux élèves des écoles des montagnes. Peu à peu nous leur apportons aux élèves des montagnes  les facilités dont jouissent les élèves de Paradis. ecole-des-mornes.jpg Ce n'est pas facile. Par exemple toutes les projections ont lieu et tous les ordinateurs se trouvent à cette école qui est l'école mère. Cela ne veut pas dire que les élèves des autres écoles ne peuvent pas profiter aussi de ces avantages, mais il y a une différence entre ceux qui sont sur place et ceux qui doivent marcher deux heures pour arriver jusqu'à nous. Un bon exemple est ce qui est arrivé cette semaine. Deux dames de la Fondation DEFI qui se spécialisent dans la formation et le matériel de la méthode La Main à la Pâte en sciences expérimentales sont venues pour deux jours d'évaluation. Il y avait pour nos élèves de troisième et de quatrième année (CE1 et CE2) une projection  de Kirikoukirikou.jpg et les bêtes sauvages (avec la sorcière), sorciere.jpget un peu plus tôt, ces dames ont assisté à deux séances de sciences expérimentales données par deux des profs de Paradis. Une cinquantaine d'élèves de l'Ecole Sanel Michel de Déjeume, une de nos écoles des montagnes qui se trouve à deux heures de marche, sont arrivées avec leurs profs, sous un soleil ardent pour avoir avec leurs profs une séance de sciences expérimentales, tout fatigués par cette longue marche. Ces dames trouvaient que Déjeume était trop loin, qu'elles ne pouvaient pas marcher deux heures aller et deux heures retour pour voir une ou deux séances de différents professeurs. La séance a eu lieu et nous avions planifié qu'après la session du prof de Déjeume, nous pourrions offrir aux élèves de Déjeume une projection d'un film pour les récompenser de leur fatigue, mais le temps manquait et nous ne voulions pas garder ces jeunes enfantsenfant.jpg trop longtemps sans manger. Nous aurions dû avoir prévu qu'ils devraient participer à la collation mais les heures ne cadraient pas et cela n'a pas eu lieu. J'avais le cœur brisé de les voir repartir et je me suis dit que nous avons agi avec quelque peu de légèreté sans avoir pris en considération toutes les possibilités, par exemple une distribution de bonbons, d'un jus. Je vais certainement essayer de trouver un moyen de me faire pardonner mais c'était avoir donné préséance aux dames de DEFI, de n'avoir songé qu'à leur faciliter la tâche plutôt que de penser plus sérieusement aux enfants et de voir comment nous aurions pu arranger les choses
autrement en les faisant passer avant dans
notre organisation de cette journée.

 

Pendant ce temps les élèves de 6ème (CM2) et de 5ème (CM1) assistaient et participaient à un atelier organisé par un Américain, Al, sur l'estime de soi. Une grosse réussite, les élèves étaient tellement enthousiastes qu'Al, extrêmement ému, a promis de revenir en avril.

Pourtant tout le monde était content, le prof de Déjeume a donné une leçon superbe et participative, les élèves étaient fiers de leur  participation et de leur prof, mais ils devaient repartir et marcher deux heures avant d'arriver à l'école, puis encore arriver chez eux.
Marie, la jeune française en rédaction de thèse qui nous aide cette année dans la formation de sciences expérimentales, va trois fois par semaine dans une école pour entraîner les enseignants pour les
sciences expérimentales, auxquelles nous accordons une priorité cette année. Elle aime ce qu'elle fait, malgré les longues marches qu'elle fait souvent au pas de course ou presque pour limiter le temps perdu en marchant.

C'est ainsi que tout le monde fait de son mieux; en même temps, des élèves courent durant la récréation pour aller s'acheter un bonbon, parfois sans permission, et nous les renvoyons dans leurs classes ; les élèves du préscolaires se spécialisent dans l'exercice du hoola hoop, hola-hoop-.jpget tout le monde a l'air plus ou moins heureux. Mme Janine Tavernier tient des classes de conversation française dans la bibliothèque et une autre amie Claire fait les projections.

Nous avons aussi un tableau numérique participatif donné par Haïti Futur
et c'est un plaisir de regarder les enfants travailler dessus avec tant d'assurance. Cette année avec l’aide d’Haïti Futur nous en installons  deux autres, avec panneaux solaires,  dans deux écoles des montagnes, et  puis viendra le tour des autres. Ainsi des projections pourront se faire dans plus
d'écoles chaque année en plus des cours académiques programmés dans l'ordinateur et le projecteur.

      L'infirmière vient me dire que nous n'avons pas suffisamment pommade.jpgde tubes de pommade anti-teignes, je cours en avertir Guerdès qui me dit qu'il faut en faire venir de Port-au-Prince car il n'y en a plus à Jérémie pour le moment. Et ainsi va la vie dans le village des Abricots, dans notre école mère Paradis, et dans les onze écoles des montagnes. Ce n'est pas une petite affaire d'essayer de tout mener à bien.


C'est tout aussi difficile de vous donner une idée claire de tout ce qui se passe dans la Fondation Paradis des Indiens avec tant de tentacules qui vont si loin et une seule route, et des sentiers que peuvent utiliser les motocyclettes, parfois; les autres sentiers, il faut les négocier à pied.
Des superviseurs inspecteur.jpgvisitent une école chaque jour et nous amènent leurs rapports pour que nous ayons les yeux partout. Pas facile, mais possible.

 

Bonne lecture et toutes mes amitiés

 

Mica De Verteuil.



 

 

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